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Volvo XC40 et EX40 : l’art de ne pas vieillir

Près de dix ans après l’apparition du XC40, Volvo aurait pu préparer tranquillement sa succession. À Göteborg, on a choisi une autre voie : continuer à investir dans une automobile arrivée à maturité pour rapprocher sa technologie, sa sécurité et son univers intérieur des Volvo de nouvelle génération. Découverts dans un studio londonien, les nouveaux XC40 et EX40 racontent ainsi quelque chose de plus intéressant qu’un simple restylage : à l’ère du logiciel, une voiture peut-elle apprendre à vieillir autrement ?

Par Dominique Fontignies

Quelque part en bordure de Londres, à proximité de Wembley, loin du décor spectaculaire que les constructeurs choisissent parfois pour dévoiler leurs nouveautés, Volvo a installé ses nouveaux XC40 et EX40 dans un studio photographique. Lumière contrôlée, murs neutres, presque aucun artifice : le décor convient finalement assez bien à deux voitures dont l’évolution ne cherche précisément pas à faire oublier ce qu’elles étaient. À première vue, l’exercice pourrait passer pour un restylage supplémentaire. Quelques éléments de carrosserie redessinés, une nouvelle signature lumineuse, de nouvelles matières à bord et un écran plus grand : la recette est connue. Mais en s’attardant sur les détails, et surtout en discutant avec les designers et les ingénieurs de Volvo, une autre histoire apparaît. Celle d’un constructeur qui choisit de continuer à investir significativement dans une architecture automobile qui approche pourtant de sa première décennie. Le XC40 est apparu en 2017. Il a depuis donné naissance à sa déclinaison électrique, aujourd’hui baptisée EX40, tandis que l’EC40 en constitue l’interprétation plus profilée, avec son allure de SUV coupé. Dans une industrie où la Chine a accéléré les cycles de renouvellement et où une automobile peut parfois sembler technologiquement dépassée quelques années seulement après son lancement, conserver aussi longtemps un modèle pourrait apparaître comme un handicap. Volvo tente d’en faire une force. Le constructeur ne cache d’ailleurs pas ses intentions. Akhil Krishnan, responsable des gammes 30 et 40, estime que ces évolutions doivent permettre à ces modèles, déjà très populaires, de demeurer parmi les meilleures ventes de Volvo pendant encore plusieurs années. Ce n’est donc pas une opération cosmétique destinée à accompagner tranquillement une fin de carrière. Volvo investit pour prolonger réellement leur pertinence commerciale.

Généalogie respectée

Extérieurement, le travail est suffisamment subtil pour ne pas dénaturer une silhouette devenue familière. Les phares Matrix LED adoptent une nouvelle interprétation du fameux « marteau de Thor », tandis que la calandre, le bouclier avant, le capot et les ailes ont été redessinés. À l’arrière, XC40 et EX40 reçoivent également de nouveaux feux LED, un hayon revu et un nouveau bouclier. Ce qui est intéressant n’est pas tant ce qui change que ce qui demeure. Volvo n’a pas cherché à transformer artificiellement le XC40 en une EX60 miniature. La voiture conserve son identité, ses proportions et cette robustesse visuelle qui faisait déjà partie de son caractère lors de son lancement. L’évolution est plus révélatrice à l’intérieur. C’est dans ce domaine que travaille depuis huit ans Camille Audra, designer française (originaire de Nice) installée à Göteborg et spécialisée dans l’univers intérieur de Volvo. En parlant avec elle à Londres, on comprend rapidement que le design scandinave revendiqué par la marque ne consiste pas simplement à utiliser du bois clair et des couleurs naturelles. L’une des nouvelles décorations en aluminium en fournit un joli exemple. Camille Audra explique que son motif est inspiré par la lumière du soleil traversant les arbres d’une forêt scandinave à la fin de l’été. Les variations de lumière et d’ombre créées par les branches ont été transposées dans le métal pour former les inserts de la planche de bord et des portes. L’explication pourrait sembler anecdotique. Elle raconte pourtant assez bien la manière dont Volvo cherche à différencier son approche du premium. Là où certains constructeurs multiplient écrans, éclairages et effets visuels, la marque suédoise continue de chercher une partie de son identité dans les matières, la lumière et une certaine relation à la nature. D’autres ambiances apparaissent. Le XC40 peut désormais recevoir pour la première fois une sellerie cuir « Arianne Cardamom » associée à des inserts en frêne brun. Du Black Ash et de nouvelles décorations en aluminium sont également proposés, tandis que l’éclairage intérieur a été retravaillé. La conception de ce projet a duré trois, ce qui montre combien Volvo prend à cœur les détails de chacun de ses modèles ! Ce renouvellement des matières est important. Après presque une décennie, le risque pour un habitacle n’est pas nécessairement de devenir laid : c’est de devenir familier au point de ne plus susciter d’émotion. Volvo cherche donc moins à réinventer son intérieur qu’à lui redonner de la profondeur.

Nouveau cerveau

Mais la transformation la plus importante est pratiquement invisible. Volvo a profondément revu la plateforme électronique et les capteurs utilisés pour les aides à la conduite et la sécurité. De nouveaux radars sont installés à l’avant et dans les angles de la voiture, auxquels s’ajoutent une nouvelle caméra frontale, de nouveaux radars arrière, de nouvelles caméras de stationnement et douze nouveaux capteurs ultrasoniques. Camille Audra attire justement notre attention sur un détail révélateur : certains de ces nouveaux capteurs ont pu être intégrés derrière les surfaces des pare-chocs et devenir invisibles. La technologie progresse, mais elle n’a plus nécessairement besoin de le montrer. C’est une évolution intéressante du design automobile. Pendant longtemps, ajouter des fonctions à une voiture signifiait souvent ajouter des éléments visibles : capteurs, caméras, boutons ou écrans. Les progrès de l’électronique et de la puissance de calcul permettent désormais d’aller dans la direction inverse. Plus la voiture devient intelligente, plus une partie de cette intelligence peut disparaître visuellement. Le nouveau « cerveau » électronique est ici déterminant. La multiplication des informations recueillies autour de la voiture n’aurait guère d’intérêt sans une architecture capable de les analyser suffisamment rapidement et de les transformer en décisions. Volvo peut ainsi améliorer des fonctions existantes et en ajouter de nouvelles. Le système Door Opening Alert avertit les occupants lorsqu’un cycliste ou un autre usager approche avant l’ouverture d’une porte. Le Pilot Assist optionnel bénéficie désormais du lane-assist et d’un suivi plus fluide de la chaussée, tandis que la caméra 360° peut afficher l’environnement en trois dimensions lors des manœuvres. La logique reste profondément Volvo. L’électronique n’est pas présentée comme un spectacle technologique mais comme un moyen supplémentaire d’appliquer l’une des obsessions historiques de la marque : éviter l’accident avant d’avoir à en protéger les occupants. C’est aussi ce qui rapproche désormais cette famille 40 des Volvo les plus récentes.

Update de logiciel

L’autre élément qui permet aujourd’hui de prolonger la carrière d’une automobile est le logiciel. Le nouvel écran central mesure 11,2 pouces et reçoit la dernière interface utilisateur Volvo. L’objectif affiché est intéressant : moins d’actions nécessaires pour atteindre les fonctions essentielles. Dans un marché où la disparition des boutons physiques au profit des écrans a parfois rendu certaines fonctions plus compliquées qu’auparavant, réduire le nombre de manipulations constitue presque une forme de progrès à rebours. L’arrivée de Google Gemini est plus significative encore. L’assistant d’intelligence artificielle permet d’utiliser un langage naturel pour préparer un trajet, chercher une étape ou gérer des messages. La présence de Gemini dans une voiture née à une époque où l’intelligence artificielle générative n’avait encore aucune existence pour le grand public résume peut-être mieux que tout autre détail la mutation de l’industrie. L’âge d’une automobile n’est plus uniquement déterminé par celui de sa plateforme mécanique. Volvo souligne d’ailleurs que XC40, EX40 et EC40 continueront à recevoir des mises à jour over-the-air, permettant d’ajouter ou d’améliorer des fonctionnalités après leur livraison. C’est une rupture fondamentale avec l’automobile traditionnelle, dont les capacités étaient pratiquement figées le jour où elle quittait l’usine. Le hardware vieillit toujours. Le software, lui, peut continuer à progresser.

Inspiration EX60

C’est là que la stratégie industrielle de Volvo devient particulièrement intéressante. La marque vient d’introduire en Europe une nouvelle génération de voitures électriques incarnée notamment par l’EX60. Elle aurait pu créer une rupture nette entre cette nouvelle architecture technologique et ses modèles plus anciens. Elle choisit au contraire de faire redescendre une partie de cette philosophie vers la famille 40. Il ne faut évidemment pas en conclure qu’un EX40 devient techniquement un EX60. Les architectures, les générations de plateformes et les possibilités intrinsèques restent différentes. Mais en matière d’expérience numérique, de perception de l’environnement, d’assistance à la conduite et d’ambiance intérieure, Volvo cherche manifestement à réduire la distance entre les générations. Cette stratégie répond aussi à une réalité économique simple : une voiture déjà développée et dont l’outil industriel est amorti peut rester extrêmement précieuse si elle continue à se vendre. Prolonger intelligemment la carrière du XC40 et de l’EX40 permet à Volvo de rentabiliser plus longtemps ses investissements tout en conservant des modèles connus par les clients et déjà installés commercialement. C’est d’autant plus important à une époque où le développement des nouvelles architectures électriques et logicielles exige des investissements considérables. L’électrique EX40 conserve parallèlement un argument qui reste essentiel : l’autonomie peut désormais atteindre 575 kilomètres WLTP, tandis que l’EC40 annonce jusqu’à 584 kilomètres. La coexistence du XC40 et de l’EX40 raconte également le pragmatisme actuel de Volvo. L’électrification demeure la direction stratégique, mais la transition ne s’effectue pas partout au même rythme. Maintenir simultanément plusieurs solutions permet de continuer à répondre aux différences de marchés et d’usages plutôt que d’imposer une rupture brutale.

Maturité assumée

En quittant le studio londonien, c’est finalement moins le nouveau dessin des phares ou la taille de l’écran que cette stratégie qui reste en mémoire. L’industrie automobile nous a habitués à considérer la nouveauté comme une valeur en soi. Une plateforme remplace l’autre, une génération chasse la précédente et le lancement d’un nouveau modèle transforme instantanément celui d’hier en automobile vieillissante. Volvo propose ici une lecture différente. Le XC40 ne cherche plus à être le SUV compact le plus récent du marché. Il ne peut évidemment pas effacer la décennie qui sépare sa conception des architectures électriques les plus modernes. Mais Volvo semble considérer que la maturité d’un produit n’est pas nécessairement synonyme d’obsolescence, à condition de continuer à investir là où le client perçoit réellement le progrès : sécurité, électronique, interface, matières et expérience à bord. C’est aussi une forme assez scandinave de durabilité. Pas celle que l’on affiche nécessairement dans un discours spectaculaire, mais celle qui consiste à se demander s’il faut vraiment remplacer ce qui fonctionne encore lorsque l’on peut continuer à l’améliorer. L’image racontée par Camille Audra prend alors une autre dimension. Cette lumière de fin d’été qui traverse les arbres scandinaves et se retrouve gravée dans l’aluminium du tableau de bord est évidemment un détail de designer. Mais elle constitue aussi une jolie métaphore pour cette famille Volvo. Le XC40 est lui aussi arrivé à la fin d’un été automobile particulièrement long. Volvo ne cherche pourtant pas encore à faire tomber ses feuilles.

©DM10/09/2026 Photos : ©Volvo