Avec sa teinte jaune inspirée des grandes expéditions Land Rover, ses pneus tout-terrain et son équipement taillé pour partir loin, le Defender 110 Trophy Edition joue ouvertement la carte de la nostalgie.
Par Dominique Fontignies
Il y a des automobiles dont la couleur suffit à raconter une histoire. Dans le cas du nouveau Defender 110 Trophy Edition, ce jaune profond baptisé Deep Sandglow Yellow évoque immédiatement des images de pistes africaines, de boue, de sable, de bivouacs et de Land Rover lancés à la conquête de territoires où les routes disparaissent. Une époque où l’aventure automobile ne se mesurait ni au nombre d’écrans embarqués ni au temps nécessaire pour atteindre 100 km/h. Defender a précisément décidé de réveiller cet imaginaire avec une édition spéciale de son 110. Le constructeur britannique la décrit comme la descendante des grands challenges tout-terrain de son histoire et l’associe à une nouvelle compétition internationale, le Defender Trophy, dont la finale mondiale se déroulera en octobre 2026. Mais ce nouveau Trophy n’est pas une réplique nostalgique d’un ancien Land Rover. C’est plutôt la traduction contemporaine d’un état d’esprit : celui d’une automobile capable de quitter Londres, Paris ou Bruxelles un vendredi soir et de donner, quelques heures plus tard, l’impression que le monde civilisé est déjà très loin.
Rêve d’Amazonie
Pour comprendre le pouvoir d’évocation du nom Trophy, il faut remonter dans l’histoire de Land Rover. Depuis 1948, les « Series » puis le Defender ont accompagné explorateurs, scientifiques, militaires, organisations humanitaires et aventuriers dans certaines des régions les plus difficiles de la planète. Land Rover revendique aujourd’hui plus de 70 ans d’expéditions et d’exploration à travers le monde. À partir de 1980, cette réputation prend une dimension presque cinématographique avec le Camel Trophy. Pendant près de deux décennies, des Land Rover jaunes chargés de matériel traversent Sumatra, Bornéo, la Papouasie, Madagascar ou encore l’Amazonie. Les images vont durablement installer une esthétique de l’aventure : carrosseries couvertes de boue, galeries de toit surchargées, treuils, plaques de désensablement, traversées de rivières et équipes progressant dans des endroits où l’automobile semble ne plus avoir aucune raison d’être. C’est cet imaginaire que le Trophy Edition convoque aujourd’hui, sans chercher à reproduire littéralement les véhicules d’autrefois.
Le signe le plus évident est évidemment sa peinture Deep Sandglow Yellow, directement inspirée des couleurs des grands challenges tout-terrain du passé. Pour ceux qui préfèrent une approche moins démonstrative, le Trophy Edition existe également, selon les marchés et millésimes, dans des tonalités plus discrètes ; la gamme actuelle internationale met notamment en avant le Santorini Black aux côtés du jaune emblématique. Le traitement esthétique joue volontairement sur les contrastes. Le jaune est associé à des éléments noirs, tandis que des inscriptions Trophy apparaissent sur le capot et la carrosserie. Les jantes spécifiques de 20 pouces Gloss Black sont chaussées de pneumatiques All-Terrain : un détail qui change immédiatement la personnalité du 110 et rappelle que cette édition n’est pas uniquement un exercice cosmétique. À bord, l’ambiance devient plus luxueuse sans perdre cette robustesse caractéristique du Defender contemporain. Le cuir Windsor habille l’habitacle, des seuils métalliques éclairés portent la signature « Trophy Edition » et les extrémités de la grande traverse qui structure visuellement la planche de bord reçoivent des motifs « Trophy » gravés au laser. C’est précisément ce mélange qui rend le Defender moderne intéressant : on peut y entrer avec des chaussures couvertes de boue et, quelques heures plus tard, le garer devant un palace.
Toujours prêt
Pour aller jusqu’au bout de l’exercice, Defender propose surtout un Trophy Pack qui transforme considérablement la silhouette du véhicule. On y trouve une imposante galerie d’expédition capable d’emporter jusqu’à 132 kg d’équipement, une échelle de toit escamotable, une prise d’air surélevée, des bavettes ainsi qu’un coffre latéral extérieur noir offrant 17 kg de capacité de chargement supplémentaire. Autant d’accessoires qui pourraient sembler excessifs pour rejoindre un restaurant dans le centre de Milan, mais prennent tout leur sens lorsque le goudron s’arrête. Et le Defender possède toujours les arguments techniques nécessaires pour aller beaucoup plus loin. Sa transmission intégrale, sa boîte de transfert à deux rapports et le système « Terrain Response » sont conçus pour adapter le véhicule aux différentes conditions rencontrées. Selon la configuration de suspension, le Defender 110 peut franchir jusqu’à 900 mm d’eau. Sa capacité de remorquage peut atteindre 3 500 kg. Dans sa déclinaison P400 proposée sur certains marchés, le six-cylindres essence mild-hybrid développe 400 ch et 550 Nm, avec une vitesse maximale annoncée à 191 km/h. D’autres motorisations, dont un diesel mild-hybrid et un hybride rechargeable, sont proposées selon les pays. Land Rover a particulièrement bien compris l’évolution du marché du luxe. Autrefois, une automobile luxueuse devait essentiellement isoler ses occupants du monde extérieur. Aujourd’hui, elle peut au contraire promettre de les y emmener. Le succès des vêtements outdoor, des montres d’exploration, du glamping, des lodges isolés et des voyages d’expédition raconte finalement la même histoire : l’aventure est devenue un territoire du luxe contemporain. Toujours prêt pour l’aventure, le Defender s’inscrit parfaitement dans cette évolution. Son propriétaire ne traversera probablement jamais l’Amazonie avec une machette attachée à la galerie de toit. Peu importe. La possibilité de pouvoir le faire participe au désir. C’est exactement comme une montre de plongée capable de descendre à 300 mètres qui passe l’essentiel de son existence dans une salle de réunion.
Nouveaux aventuriers
Land Rover ne se contente d’ailleurs pas de commercialiser une édition spéciale. Le constructeur remet également la compétition au centre de son storytelling avec le nouveau Defender Trophy, une aventure internationale dont les participants passent par des sélections nationales avant une finale mondiale. Conduite tout-terrain, navigation, ingénierie, capacités physiques et résolution de problèmes composent les épreuves. Mais le projet ajoute à l’aventure une dimension contemporaine : la compétition travaille avec l’organisation de conservation « Tusk », partenaire historique de Defender, et veut associer l’expédition à des actions concrètes de protection de la nature. Une façon intelligente de reprendre les codes des grands raids du 20ème siècle, sans simplement les reproduire. Car l’aventure de 2026 ne peut plus être exactement celle de 1985. Land Rover utilise une formule particulièrement juste pour présenter son Trophy Edition : « Descended from greatness ». Tout est finalement là. Le Defender actuel n’a plus grand-chose (techniquement) en commun avec les Land Rover qui traversaient les jungles du Camel Trophy. Sa structure, ses suspensions, son électronique, son confort et son niveau de sophistication appartiennent pleinement au 21ème siècle. Mais il possède quelque chose que ses concurrents les plus récents ne peuvent pas développer dans un laboratoire : une mémoire. Une mémoire faite des Series I, II et III, du Range Rover d’expédition, des Discovery couverts de boue, des Defender chargés jusqu’au toit, de pistes africaines et de traversées impossibles. Le nouveau Defender 110 Trophy Edition transforme cet héritage en objet lifestyle. Avec suffisamment de cuir et de technologie pour rejoindre un grand hôtel, suffisamment de capacités pour poursuivre lorsque la route s’arrête et, surtout, cette carrosserie jaune qui semble demander une seule chose à son propriétaire : où partons-nous maintenant ?
©DM16/09/2026 Photos : ©Pierre Fontignies