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Alfa Romeo Tonale Sport Speciale : le charme ne suffit pas toujours

Élégant, soigné et agréable à conduire, le Tonale hybride rechargeable Q4 possède de solides arguments. Mais ce SUV, héritier de l’ère Fiat Chrysler Automobiles, illustre aussi les occasions manquées d’une marque qui doit retrouver sa place.

Par Dominique Fontignies

Il y a des voitures dont on apprécie davantage les qualités lorsqu’on prend le temps de les conduire que lorsqu’on parcourt leur fiche technique. L’Alfa Romeo Tonale appartient à cette catégorie. Sur le segment très disputé des SUV compacts, l’italien conserve une personnalité immédiatement reconnaissable. Ses proportions équilibrées, ses surfaces sculptées et son regard caractéristique composent une silhouette classique et élégante, qui échappe à la surenchère stylistique. La série spéciale Sport Speciale souligne cette présence sans dénaturer le dessin. Les détails de présentation apportent une touche plus affirmée, tandis que l’habillage intérieur en Alcantara noir et blanc contribue à l’atmosphère soignée. Le Tonale rappelle ainsi qu’un SUV peut séduire par la cohérence de son ensemble, sans multiplier les effets spectaculaires. Cette impression se prolonge dans l’habitacle. La finition constitue l’un des points forts du modèle : matériaux agréables, présentation valorisante et environnement tourné vers le conducteur participent au plaisir de s’installer à bord. L’ensemble conserve une identité automobile, avec une instrumentation bien placée et une position de conduite qui invite à prendre la route.

Conçu pour voyager

Sous le capot, le quatre-cylindres turbo italien de 1,3 litre s’inscrit dans une chaîne de traction hybride rechargeable. La version Q4 associe motorisation thermique à l’avant et propulsion électrique à l’arrière pour offrir une transmission intégrale électrifiée. Dans sa définition actuelle de 270 ch, elle dispose d’une réserve de puissance largement suffisante pour les besoins d’un SUV familial. Son intérêt ne se limite pourtant pas aux performances. Le confort de marche compte parmi les qualités les plus convaincantes du Tonale. L’italien sait se montrer accueillant au quotidien et ménage ses occupants sur les longs parcours. Il ne confond pas tempérament sportif et fermeté systématique : une qualité appréciable pour une voiture appelée à conjuguer déplacements professionnels, trajets familiaux et escapades. Les qualités routières sont également au rendez-vous. La précision de conduite et la stabilité donnent confiance, tandis que le châssis conserve cette disponibilité qui permet de prendre plaisir à une route sinueuse. Le Tonale reste un SUV hybride rechargeable, avec la masse que cette architecture implique. Il n’a donc pas la légèreté d’une petite berline sportive, mais son équilibre lui permet de préserver une part essentielle de la personnalité Alfa Romeo. L’hybridation rechargeable demande, en revanche, un usage adapté. Pour profiter pleinement de la conduite électrique et limiter la consommation d’essence, il faut brancher régulièrement la voiture. Sans cette discipline, le conducteur conserve le poids et la complexité de deux motorisations sans exploiter tout leur intérêt. Le Q4 peut constituer un compromis pertinent pour qui recharge à domicile ou au travail et souhaite conserver la souplesse d’un moteur thermique pour les longues distances.

Un héritage à la croisée de deux époques

Le Tonale occupe une place particulière dans l’histoire récente d’Alfa Romeo. Préfiguré par un concept présenté à Genève en 2019, il est le dernier grand projet de série de la marque dont la conception remonte à l’ère Fiat Chrysler Automobiles. Son développement avait donc commencé avant la fusion de FCA et PSA, qui a donné naissance à Stellantis en janvier 2021. Le modèle de production n’a toutefois été dévoilé qu’en 2022 : ses origines sont bien celles de FCA, sa mise au point finale et son lancement appartiennent déjà à Stellantis. Cette position entre deux époques aide à comprendre son parcours. Le Tonale devait élargir la clientèle d’Alfa Romeo sur un segment C essentiel en Europe. Il disposait pour cela d’un style distinctif et de qualités suffisamment solides pour attirer au-delà du cercle des fidèles. Il n’a pourtant pas obtenu le rayonnement commercial que son potentiel laissait espérer. L’absence de variante entièrement électrique a probablement limité ses possibilités, particulièrement sur les marchés où les achats professionnels se sont rapidement orientés vers cette motorisation. L’hybride rechargeable répond à certains usages, mais il ne remplace pas une proposition électrique dans une gamme. Il serait cependant réducteur d’expliquer toute la carrière du Tonale par ce seul manque : la visibilité de la marque, la continuité de son offre et la confiance dans son avenir comptent également. Alfa Romeo a trop longtemps donné le sentiment de vivre au rythme de relances annoncées, sans disposer durablement d’une gamme assez étoffée et régulièrement renouvelée. On peut y voir une forme de négligence stratégique : une identité aussi forte demande des investissements, mais aussi de la constance. Un modèle réussi ne peut, à lui seul, compenser les hésitations qui entourent une marque. Sous l’impulsion d’Antonio Filosa, la direction de Stellantis affiche désormais la volonté de rapprocher les décisions produit des attentes des clients. Pour Alfa Romeo, l’enjeu consiste à développer des voitures capables de susciter une adhésion plus large, tout en conservant leur caractère. Les orientations annoncées vers une offre plus diversifiée et plusieurs énergies vont dans ce sens ; leur exécution sera décisive. En attendant, le Tonale Sport Speciale mérite d’être considéré pour ce qu’il offre aujourd’hui. Son élégance, sa finition, son confort et son comportement routier composent une proposition attachante et cohérente. Cet essai rappelle surtout qu’Alfa Romeo sait encore concevoir des voitures désirables. Il lui reste à leur donner les moyens de rencontrer pleinement leur public.

©DM3/11/2026 Photos : ©Pierre Fontignies