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À Rome, Muller Van Severen fait résonner le silence

Avec « Pianos », le duo belge transforme la silhouette de l’instrument en mobilier sculptural. Sept pièces uniques à découvrir dès le 14 novembre à la Tim Van Laere Gallery de Rome.

Desk éditorial Paris

Un piano impose sa présence avant même que quelqu’un n’en effleure le clavier. Son volume, ses courbes et ses reflets organisent déjà la pièce autour de lui. C’est cette puissance plastique que Muller Van Severen explore avec Pianos, sa deuxième exposition personnelle à la Tim Van Laere Gallery. Les sept créations laquées ne produisent aucune musique. Elles deviennent armoires, tables, bancs ou sculptures murales. L’instrument reste perceptible, mais sa silhouette se transforme pour accueillir d’autres usages.

De la musique à la lumière

Six pièces portent une sphère en verre opalin : au son se substitue la lumière. Le communiqué évoque l’intimité d’un club de jazz, ses éclairages assourdis et la mélancolie de Chet Baker.

Ce glissement invite à considérer autrement le rapport entre beauté et utilité. Faut-il savoir jouer pour accueillir chez soi la présence d’un piano ? En déplaçant l’usage, le duo ouvre une autre relation avec l’objet : on peut désormais s’y asseoir, y ranger quelque chose ou l’utiliser pour éclairer son intérieur. Le titre ajoute un jeu de sens. En italien, piano désigne aussi un plan, un niveau ou un étage. Surfaces et étagères composent ainsi de petites architectures, prolongées par leur disposition dans la galerie.

Des objets à double lecture

Le projet fait écho aux déplacements de sens de Marcel Duchamp et à l’étrangeté familière de René Magritte. Il ne s’agit toutefois pas de simples objets trouvés : les formes sont redessinées, les fonctions réinventées. L’intérêt de Pianos tient à cette ambiguïté. Le meuble se laisse reconnaître sans devenir immédiatement évident. Dans un intérieur, de telles pièces peuvent introduire une pause : elles demandent un second regard, là où tant d’objets cherchent à expliquer instantanément leur fonction. Fien Muller et Hannes Van Severen poursuivent ici leur travail commun, engagé en 2011, avec une proposition où l’usage devient lui-même matière à création. Le silence du piano n’est plus une absence. Il laisse place à d’autres gestes.

Muller Van Severen — Pianos
Du 14 novembre 2026 au 6 février 2027
Tim Van Laere Gallery, Palazzo Donarelli Ricci, Via Giulia 98, Rome.

Informations sur le site de la galerie

©DM03/11/2026 – Photos : ©Muller Van Severen