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Brussels Design Week 2026 : Ultime étape ?

Brussels Design September devient « Brussels Design Week » en 2026 et célèbre vingt ans d’existence. L’édition anniversaire veut faire de la capitale belge une étape clairement identifiable sur la carte internationale du design. Avec une incertitude quant à son avenir, faute de financement public.

Desk Design Magazine/Bruxelles

De plus-en-plus connue (et appréciée) pour son architecture éclectique (l’Art Nouveau y a longtemps régné en maître), Bruxelles aimerait rivaliser avec Milan, Paris ou Londres dans le domaine du design. Du 24 septembre au 4 octobre 2026, la capitale belge devient le terrain de jeu de la « Brussels Design Week », nouveau nom de Brussels Design September, qui célèbre cette année sa vingtième édition. Depuis 2006, le festival a fait le choix de ne posséder ni hall d’exposition ni alignement de stands. Du coup,il est difficile d’en définir le succès réel en termes de visiteurs. L’évenement investit la ville, là où le design est réellement imaginé, fabriqué, enseigné, exposé et vendu. Cette année, plus de 85 adresses sont mobilisées, d’Anderlecht à Uccle et de Molenbeek à Evere, avec une programmation en grande partie gratuite. Le passage de Design September à Brussels Design Week n’est pas seulement cosmétique. Le nouveau nom permet surtout à Bruxelles de rejoindre plus lisiblement le calendrier international des grandes « design weeks ». La nouvelle identité graphique, créée par le studio bruxellois Rond Carré, repose sur une grille accompagnée d’une formule qui sonne presque comme un manifeste : « Brussels defines the grid ».

Foisonnement créatif

La force de Bruxelles tient à un écosystème remarquablement transversal. Designers reconnus, jeunes diplômés, artisans, architectes, galeries, écoles, fablabs, institutions culturelles, hôtels, restaurants et commerces s’y croisent. Le programme 2026 se répartit entre Exhibitions, Group Shows, Institutions, Talks, Inside the Ateliers et Commerce Design Awards. Pour le visiteur, le meilleur point de départ sera une nouveauté de cette édition : le Hub, installé chez AME, rue de la Grosse Tour, au cœur de Bruxelles. Ce nouvel espace hybride de 900 m² – coworking, café, objets en édition limitée, espace événementiel et studio créatif – devient pendant onze jours le quartier général du festival. On y trouve immédiatement l’un des noms à retenir de cette édition. Le designer bruxellois Alain Gilles bénéficie chez AME d’un solo show présentant plusieurs créations récentes réalisées avec des éditeurs internationaux et encore jamais montrées en Belgique. Il est également présent au MAD Brussels dans Icons – 20 Years of Designer of the Year. Cette seconde exposition constitue l’un des rendez-vous symboliques de l’édition 2026. Le titre de Designer of the Year ayant lui aussi été créé en 2006, MAD Brussels rassemble les vingt lauréats qui racontent, à leur manière, deux décennies de création belge. On y retrouve notamment Muller Van Severen, Alain Gilles, Nedda El-Asmar, Julien Renault et Linde Freya Tangelder, dans des disciplines allant du mobilier à la céramique, de l’orfèvrerie à l’éclairage. Le premier lauréat, en 2006, était le Bruxellois Alain Berteau. Pour qui voudrait comprendre en une exposition pourquoi la Belgique occupe une place aussi singulière dans le design contemporain, Icons est l’une des étapes essentielles de la semaine. Et juste à côté, le MAD regarde déjà vers les vingt prochaines années avec Future Generation – The MAD Graduation Show 2026. Quatorze projets issus de sept écoles bruxelloises (dont La Cambre, LUCA School of Arts et les différentes écoles Saint-Luc) y confrontent design industriel, textile, mode et architecture intérieure. La juxtaposition est pertinente : les icônes d’hier dans une salle, ceux qui pourraient façonner le design belge de demain dans l’autre. Autre adresse à inscrire dans son agenda : USquare, avenue de la Couronne à Ixelles. Pour sa deuxième édition, « Shifting Ground – A Garden Party » transforme les anciens bâtiments militaires en grande exposition collective immersive. Plusieurs dizaines de créateurs belges et européens y participent, parmi lesquels Pierre-Emmanuel Vandeputte, Raphaëlle Bosmans, Dries Hamels, Guillaume Slizewicz, Grammar Furniture ou encore MWO Design. Le samedi 26 septembre, le site accueillera aussi la fête officielle des vingt ans de Brussels Design Week. C’est sans doute ce jour-là qu’il faudra être à USquare si l’on veut prendre le pouls de la communauté créative bruxelloise plutôt que simplement regarder ses productions. Cette dimension sociale est essentielle. Une design week réussie n’est pas seulement une succession d’objets à photographier. Elle est aussi un lieu où se rencontrent designers, éditeurs, architectes, prescripteurs, collectionneurs, entrepreneurs et futurs clients.

Décors multiples

Il faut ensuite changer complètement de décor et gagner le Mix Brussels, installé dans l’impressionnant ancien siège de la Royale Belge, boulevard du Souverain. Du 25 au 27 septembre, la troisième édition de Curated y rassemble 34 designers, artistes, architectes et collectionneurs autour de l’art fonctionnel. Le bâtiment vaut déjà le déplacement. Mais c’est aussi l’une des manifestations qui exprime le mieux le glissement actuel entre mobilier, objet fonctionnel, sculpture et collectible design. C’est peut-être pourtant dans Inside the Ateliers que Brussels Design Week devient la plus intéressante. Le temps d’un week-end, une vingtaine de créateurs et de studios ouvrent leurs lieux de travail. On ne regarde plus seulement l’objet terminé : on découvre la matière, les outils, les prototypes, les machines et les gestes qui l’ont fait naître. Cette proximité avec la fabrication est l’une des clés de la scène belge, faite de petites structures très spécialisées, d’une grande porosité entre art, architecture et design, et d’une culture du « making » qui préfère souvent l’atelier au spectaculaire. Impossible également de vivre la Design Week sans flâner dans Ixelles. Autour de Flagey, de la place Brugmann, de la rue du Bailli et de la Porte de Namur se dessine presque un parcours à pied. Chez CollectED, place Brugmann, mobilier, tapis et luminaires font dialoguer designers établis et émergents. À Treize Gallery, Lou Laskowski transforme des culots de seringues médicales en verre destinés au rebut en une suspension qui évoque un lustre de cristal : bel exemple de cette nouvelle génération pour laquelle le réemploi n’est plus une contrainte écologique ajoutée au design, mais le point de départ du projet. Chez IMAGINAIR, Katrien Vanderbiest et Geoffrey Lambert cultivent de leur côté une approche du collectible design qui refuse le traditionnel white cube et préfère mettre objets, art et photographie en conversation. Enfin, dans une maison de maître proche de Flagey laissée volontairement dans son état brut avant rénovation, UNVEILED collective invites met l’accent sur une jeune scène belge et sur des pièces uniques ou de collection. C’est sans doute cela, finalement, la Brussels Design Week : la possibilité de passer en quelques rues du design commercial au collectible, puis de la galerie au salon privé et du prototype à l’objet d’art. Car derrière l’esthétique se joue aussi une question économique. Depuis 2012, les Commerce Design Awards récompensent la rencontre entre entrepreneurs et designers dans l’aménagement des commerces bruxellois. L’enjeu dépasse la décoration : un restaurant, un hôtel, un café ou une boutique bien conçus deviennent une identité de marque, créent de l’attractivité et participent à la transformation d’un quartier. Ce volet illustre pourquoi le design doit être considéré comme une activité économique à part entière. Brussels Design Week souligne elle-même sa contribution à l’économie locale, à l’emploi créatif et au rayonnement de la scène bruxelloise, tandis que ses ateliers, écoles, fablabs, galeries et institutions forment ensemble un véritable écosystème. Le programme de talks mérite lui aussi quelques détours. Au Hub, les rencontres prolongent la réflexion sur les pratiques contemporaines et donnent la parole à celles et ceux qui font le design. Le 1er octobre, Elisa Storace, directrice du Museo Kartell de Milan, intervient au flagship Kartell bruxellois. Autant de rendez-vous qui replacent l’objet dans un contexte plus vaste : enseignement, industrie, transmission, matériaux, culture et économie de la création.

Fin d’une époque ?

Il existe enfin une raison moins festive, mais importante, de prendre part à cette édition. Brussels Design Week indique que l’édition anniversaire se déroule sans la subvention de Bruxelles Économie et Emploi, qui soutenait l’association depuis ses débuts. Selon les organisateurs, l’édition 2026 est organisée à perte et, sans nouvelle solution de financement avant la fin de l’année, une édition 2027 n’est pas assurée. Le paradoxe est frappant. Au moment même où Bruxelles adopte enfin une appellation internationale de Design Week, où les industries créatives sont de plus en plus considérées comme un élément de l’attractivité des grandes métropoles, la pérennité de son principal rendez-vous annuel de design est fragilisée. Cela donne à cette vingtième édition une dimension particulière.

©DM16/09/2026 – Photos : ©Brussels Design Week