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Jaecoo 7 SHS : le Range Rover venu de Chine ?

Un design séduisant, un habitacle accueillant et près de 1.200 kilomètres d’autonomie : le Jaecoo 7 possède quelques arguments particulièrement rationnels. Son étonnant succès britannique montre pourtant que la nouvelle marque du groupe Chery commence aussi à jouer sur un terrain beaucoup plus difficile à conquérir : celui du désir.

Par Dominique Fontignies

Il suffit probablement de quelques secondes pour comprendre pourquoi le Jaecoo 7 attire les regards. La silhouette est droite, les surfaces relativement épurées, les poignées de portes affleurantes et la calandre suffisamment imposante pour lui donner une présence presque statutaire. Vu de trois quarts arrière, surtout, il existe un petit air de déjà-vu. Quelque chose entre le Range Rover Evoque et certains codes du Range Rover Velar. La comparaison n’est évidemment pas anodine. Depuis son arrivée en Europe, Jaecoo revendique précisément un positionnement plus sophistiqué que celui que l’on associe traditionnellement aux nouvelles marques chinoises. Le nom lui-même, contraction revendiquée de l’allemand Jäger, « chasseur », et de l’anglais cool, traduit cette volonté de construire un univers autour de l’élégance urbaine et de l’aventure. Sur le papier, l’exercice pourrait facilement sombrer dans la caricature marketing. Dans la réalité, le Jaecoo 7 est plutôt réussi. Ses proportions sont équilibrées et son dessin suffisamment sobre pour éviter cette accumulation de détails stylistiques qui caractérise encore certaines productions chinoises. Il ne révolutionne pas le design automobile et ses inspirations britanniques paraissent parfois assez évidentes, mais l’ensemble possède une cohérence et une présence que son positionnement tarifaire ne laisse pas nécessairement attendre.

C’est peut-être d’ailleurs l’une des premières explications à son étonnante réussite commerciale : le Jaecoo 7 donne visuellement l’impression d’appartenir à une catégorie supérieure à celle dans laquelle son prix le place réellement.

Une fois la porte ouverte, l’impression se confirme en partie. L’habitacle privilégie une architecture très contemporaine, organisée autour d’un grand écran central vertical et d’un nombre volontairement limité de commandes physiques. La présentation est propre, les sièges accueillants et l’espace généreux. Le toit panoramique contribue à la luminosité générale et, après plusieurs heures de route, on apprécie surtout le confort des assises et cette sensation d’espace qui rend le Jaecoo particulièrement agréable sur longue distance.

C’est une qualité importante, car notre voiture d’essai possède justement un talent assez rare à l’heure de l’électrification : elle donne envie de regarder une carte sans calculer immédiatement où l’on devra s’arrêter. La version SHS – pour Super Hybrid System – associe moteur thermique et propulsion électrique avec une batterie permettant officiellement environ 90 kilomètres de conduite électrique selon les données belges. Jaecoo annonce surtout 1.200 kilomètres d’autonomie totale. Lors d’un exercice réalisé entre Guangzhou et Wuhu, une équipe britannique est même parvenue à atteindre 1.353 kilomètres avec une charge et un plein, dont 125 kilomètres parcourus en électrique. Dans le monde réel, les chiffres dépendront évidemment de la température, du parcours et surtout de la manière dont on utilise et recharge la voiture. Mais le principe change considérablement l’expérience.

Pour les trajets quotidiens, la batterie permet d’utiliser le Jaecoo comme une électrique, à condition naturellement de la recharger régulièrement. Lorsque vient le moment de traverser la Belgique, de rejoindre Paris ou de partir en vacances, le moteur thermique élimine l’anxiété liée à l’autonomie et aux infrastructures de recharge. C’est une philosophie assez différente de celle d’une grande électrique. Là où celle-ci impose parfois au conducteur d’adapter son voyage à la voiture, le Jaecoo cherche au contraire à rendre sa technologie presque invisible. On monte, on roule et, avec près de 1.200 kilomètres théoriques entre deux ravitaillements complets en énergie, on cesse rapidement de penser à l’autonomie. Pour une automobile familiale destinée aux longs déplacements, l’argument est puissant. Sur autoroute, le Jaecoo 7 SHS révèle d’ailleurs probablement son meilleur visage. L’ambiance est détendue, les sièges confortables et la motorisation hybride favorise une conduite coulée. La puissance combinée annoncée en Belgique atteint 347 ch, ce qui assure des accélérations et des reprises largement suffisantes sans transformer le SUV en pseudo-sportive. Ce n’est pas une voiture que l’on achète pour rechercher le dernier degré de communication entre la route et le volant. Ce n’est manifestement pas non plus ce qu’elle prétend être.

Ergonomie perfectible

Le confort n’est pourtant pas irréprochable. Sur certains revêtements, le filtrage des suspensions manque encore de cette sophistication que les meilleurs constructeurs européens ont mis des décennies à perfectionner. Les petites irrégularités peuvent remonter davantage qu’on ne l’attendrait compte tenu de l’orientation confortable de la voiture, et certains mouvements de caisse rappellent que le compromis entre maintien et souplesse reste l’un des domaines où le développement d’un châssis exige autre chose que des chiffres impressionnants sur une fiche technique. L’autre réserve concerne l’ergonomie. Comme beaucoup de voitures contemporaines (chinoises, mais également européennes), le Jaecoo 7 a succombé à l’idée que presque toutes les fonctions doivent migrer vers un écran tactile. Le résultat est visuellement spectaculaire et donne immédiatement à l’habitacle une apparence technologique. Il l’est parfois moins lorsqu’il faut modifier un réglage en conduisant. C’est l’un des paradoxes actuels du design automobile. Supprimer les boutons permet de purifier une planche de bord et de réduire le nombre de composants. Mais minimalisme visuel ne signifie pas nécessairement simplicité d’utilisation. Une commande que l’on pouvait autrefois identifier au toucher exige désormais parfois de quitter la route des yeux pour naviguer dans un menu. Le Jaecoo n’est évidemment pas seul à commettre ce péché ergonomique. Il illustre simplement une tendance dont l’industrie commence peut-être à découvrir les limites. Ces quelques critiques pourraient laisser penser que nous sommes face à une alternative encore marginale aux SUV européens, japonais ou coréens. Les chiffres britanniques racontent exactement l’inverse. En mars dernier, le Jaecoo 7 est devenu, à la surprise générale, la voiture la plus immatriculée du Royaume-Uni durant le mois, avec un peu plus de 10.000 unités. À fin juillet, les données officielles de la Society of Motor Manufacturers and Traders le plaçaient en troisième position du marché britannique depuis le début de 2026 avec 26.549 immatriculations, derrière le Ford Puma et le Kia Sportage, mais devant des institutions comme le Nissan Qashqai, la Vauxhall Corsa et la Volkswagen Golf. Plus impressionnant encore : depuis son arrivée au Royaume-Uni en février 2025, plus de 53.000 Jaecoo 7 ont été immatriculés, et la version hybride rechargeable SHS-P représente environ trois quarts des choix. Deux tiers des immatriculations sont réalisées auprès de clients particuliers, ce qui est important : le succès ne repose donc pas uniquement sur des achats massifs de flottes ou de loueurs. Il ne s’agit plus d’un épiphénomène. Omoda et Jaecoo, les deux marques sœurs de Chery commercialisées conjointement au Royaume-Uni, ont dépassé en août les 100.000 ventes cumulées en moins de deux ans et revendiquent désormais près de 5,7 % du marché britannique. Leur réseau dépasse 144 points de vente. Voilà peut-être l’information la plus intéressante de notre essai. Car Jaecoo appartient à Chery Group, l’un des géants chinois de l’automobile et l’un des constructeurs chinois possédant la plus longue expérience de l’exportation. Omoda et Jaecoo constituent deux des instruments de son offensive internationale. Plutôt que d’imposer immédiatement le nom Chery à des consommateurs européens qui le connaissent peu, le groupe construit des marques aux personnalités spécifiques : Omoda davantage tournée vers un univers urbain et technologique, Jaecoo vers un SUV plus statutaire, sophistiqué et légèrement aventureux. Le Royaume-Uni est en train de devenir un fascinant laboratoire pour cette stratégie. Un constructeur qui était pratiquement inconnu du grand public britannique il y a deux ans peut désormais placer un modèle devant le Qashqai et la Golf. La rapidité du phénomène rappelle à quel point la hiérarchie automobile européenne est devenue fragile.

Pendant des décennies, pénétrer un marché comme le Royaume-Uni nécessitait de construire progressivement une réputation, un réseau, une clientèle fidèle et une valeur de revente. Les nouveaux groupes chinois tentent de compresser ce processus en quelques années. Ils arrivent avec une puissance industrielle considérable, des voitures immédiatement compétitives, des équipements généreux, une électrification avancée et surtout une vitesse de développement à laquelle les constructeurs historiques ne sont pas toujours habitués.

Prix compétitif !

Le Jaecoo 7 explique assez bien pourquoi cette stratégie peut fonctionner. Il ne cherche pas à battre un Range Rover Evoque sur son histoire ou son prestige. Il emprunte plutôt une partie de ses codes visuels, ajoute une technologie hybride spectaculaire sur le papier, beaucoup d’équipements, un habitacle valorisant et un rapport prix-prestations difficile à ignorer. Le client n’a alors plus nécessairement besoin de connaître l’histoire de Jaecoo. Il lui suffit de comparer. Et c’est précisément là que la nouvelle concurrence chinoise devient redoutable. Les constructeurs européens ont longtemps bénéficié d’un avantage émotionnel immense. Une Peugeot, une Volkswagen, une BMW ou un Range Rover arrivaient accompagnés de décennies de réputation. Les nouveaux entrants doivent acheter, construire ou accélérer cette confiance. Mais ils possèdent un autre avantage : ils ne sont pas prisonniers de cette histoire et peuvent observer très froidement ce que le consommateur européen apprécie, puis essayer de lui en offrir davantage pour son argent. Le Jaecoo 7 n’est pas parfait. Son châssis pourrait gagner en finesse sur certains revêtements. Son ergonomie numérique mériterait parfois quelques bons vieux boutons. Et son design, aussi réussi soit-il, devra progressivement s’émanciper de références trop évidentes aux SUV britanniques si Jaecoo veut construire sa propre identité. Mais ces critiques ne doivent pas masquer l’essentiel. Après plusieurs jours à son volant, on ne quitte pas le Jaecoo 7 avec le sentiment d’avoir essayé une curiosité chinoise. On quitte simplement un SUV familial confortable, bien équipé, plutôt élégant et extraordinairement polyvalent, dont la technologie hybride permet d’envisager près de 1.200 kilomètres sans ravitailler. Et c’est probablement cela qui devrait le plus inquiéter ses concurrents. Pendant longtemps, les voitures chinoises devaient convaincre les Européens qu’elles étaient suffisamment bonnes pour être envisagées. Le succès britannique du Jaecoo 7 suggère que cette étape est déjà dépassée. La question n’est désormais plus de savoir si un client européen accepterait d’acheter une Jaecoo. Plus de 53.000 Britanniques ont déjà répondu. La vraie question est de savoir combien de temps il faudra avant que le reste de l’Europe fasse de même.

©DM30/08/2026 Photos : ©Pierre Fontignies pour Design Magazine