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Luca De Meo remet le groupe Kering sur la voie du succès

Dans l’univers du luxe, les redressements ne s’improvisent jamais. Ils demandent du temps, de la constance et une capacité rare à restaurer ce qui fait la valeur d’une maison : son désir. C’est précisément le défi que relève aujourd’hui Luca De Meo à la tête de Kering.

Par Alexandra Stewart-Newton

Un an après son arrivée, l’ancien patron de Renault commence à imprimer sa marque sur le deuxième groupe français du luxe, Kering, propriétaire, entre autres de marques emblématiques comme Gucci, Yves Saint Laurent ou encore Brioni. Les résultats du premier semestre 2026 ne racontent pas encore une « success story », mais ils montrent que la trajectoire est en train de changer. La réaction des marchés financiers est révélatrice. Après la publication des résultats trimestriels, l’action Kering a enregistré sa plus forte progression en près d’un quart de siècle. Les investisseurs ont surtout salué les premiers signes d’un ralentissement de la chute de Gucci, cœur historique du groupe, dont les ventes se sont nettement stabilisées au deuxième trimestre après plusieurs périodes particulièrement difficiles. Cette amélioration, modeste en apparence, constitue un signal psychologique majeur pour un groupe dont Gucci représente toujours la principale source de bénéfices.

Désirs !

Dès son arrivée, Luca De Meo a insisté sur une idée simple : un groupe de luxe ne peut durablement créer de la valeur que si chacune de ses maisons retrouve sa désirabilité. Cette philosophie irrigue désormais toute la stratégie « ReconKering », présentée au printemps 2026. L’organisation a été simplifiée, les responsabilités clarifiées et les marques repositionnées autour d’identités plus affirmées. L’objectif n’est pas de rechercher une croissance rapide, mais de reconstruire progressivement la valeur des maisons sur le long terme. Cette transformation passe aussi par une discipline opérationnelle renforcée. Kering poursuit la rationalisation de son réseau de boutiques, réduit ses stocks, simplifie son organisation et diminue son endettement afin de retrouver des marges de manœuvre pour investir dans la création. Comme l’a résumé Luca De Meo, il s’agit de protéger tout ce qui fait la désirabilité des maisons tout en renforçant la discipline opérationnelle.

Le chantier le plus emblématique reste naturellement Gucci. Après plusieurs années de croissance exceptionnelle, la marque avait progressivement perdu une partie de son élan créatif. Les nouvelles collections montrent aujourd’hui des premiers signes d’amélioration, particulièrement aux États-Unis où les nouveaux sacs rencontrent un accueil encourageant. La baisse des ventes se réduit trimestre après trimestre, ce qui nourrit un optimisme prudent chez les analystes. Mais la stratégie de Luca De Meo ne consiste pas uniquement à sauver Gucci. Elle vise également à réduire la dépendance du groupe à une seule marque. Boucheron, Pomellato, Qeelin et l’ensemble de la division Joaillerie enregistrent une croissance soutenue, tandis que les activités Lunetterie poursuivent leur expansion. Ce rééquilibrage progressif du portefeuille constitue l’un des piliers de la nouvelle stratégie.

Luca De Meo s’est également entouré d’une équipe profondément renouvelée. Armelle Poulou, directrice financière, joue un rôle déterminant dans le redressement du bilan, la réduction de la dette et l’amélioration de la génération de trésorerie. En parallèle, les directions des différentes maisons disposent désormais d’objectifs plus clairement définis, avec une autonomie renforcée mais une gouvernance plus exigeante. Cette organisation rappelle la méthode que Luca De Meo avait mise en œuvre dans l’industrie automobile : responsabiliser chaque marque tout en partageant les meilleures pratiques au niveau du groupe.

Défis

Les défis restent toutefois considérables. La reprise du marché chinois demeure fragile et la concurrence s’intensifie sur tous les segments du luxe. Les tensions géopolitiques continuent de peser sur les flux touristiques internationaux, tandis que les consommateurs les plus jeunes deviennent plus sélectifs dans leurs achats. Lors de la présentation des résultats, Luca De Meo a d’ailleurs rappelé que la Chine est aujourd’hui l’un des marchés les plus compétitifs et les plus exigeants au monde, nécessitant une adaptation permanente des marques. Pour les prochains mois, les observateurs suivront avec attention plusieurs dossiers stratégiques : la montée en puissance des nouvelles collections Gucci, le développement des maisons de joaillerie, la poursuite du désendettement et la capacité du groupe à restaurer progressivement ses marges sans compromettre ses investissements créatifs. Ce sont ces indicateurs qui permettront de mesurer le véritable succès du plan de transformation engagé.

L’histoire récente de Kering montre qu’il est plus facile de perdre son aura que de la retrouver. Pourtant, les premiers mois de Luca De Meo démontrent qu’un redressement est possible lorsque la stratégie combine rigueur financière, exigence créative et vision de long terme.

©DM05/08/2026 Photos : ©Kering & Studio Design Magazine