Chaque printemps depuis neuf ans, Bruxelles confirme toujours plus son statut de capitale européenne du design, avec le salon « Collectible ».
Des jeunes talents qui viennent du Brésil, de Finlande, de Colombie, de Chine ou encore de Russie. À la veille de son dixième anniversaire, le salon « Collectible Brussels » s’impose comme une plateforme incontournable où s’écrivent les nouvelles lignes du design contemporain. Galeries, studios indépendants, architectes et designers internationaux s’y retrouvent pour présenter des pièces uniques ou des éditions limitées qui brouillent les frontières entre mobilier, art et sculpture.
Depuis sa création, Collectible défend une vision claire : celle d’un design expérimental, porté par des auteurs et par un dialogue étroit entre artisanat, recherche et innovation. Installé dans l’architecture moderniste du Vanderborght Building, en plein cœur de la capitale belge, l’événement cultive une atmosphère presque muséale, où chaque stand se pense comme une installation. Cette approche curatoriale distingue la foire des salons traditionnels. Ici, il ne s’agit pas simplement d’exposer du mobilier, mais de proposer des positions artistiques fortes, capables de questionner notre rapport aux objets et à l’espace domestique. C’est notamment la démarche du jeune designer Tristan Montabord-Marc, dont la scénographie de stand rehausse l’originalité de ses créations. Architecte et designer français, il fait partie de cette nouvelle génération de créateurs qui brouillent les frontières entre architecture intérieure et design d’auteur. Après plusieurs années consacrées au développement de projets résidentiels, il fonde, à Bruxelles, son propre studio en 2021 avec l’ambition de concevoir des espaces où la beauté du détail transforme l’expérience du quotidien. Très tôt, Montabord-Marc développe une sensibilité particulière aux volumes, aux structures et à la manière dont la lumière dialogue avec les matières. Cette attention presque instinctive à l’environnement nourrit aujourd’hui une approche créative fondée sur un minimalisme intemporel et un luxe discret, où chaque élément trouve sa place avec précision. Animé par une fascination pour l’artisanat et les matériaux, il imagine des intérieurs où architecture et design s’entremêlent dans un langage cohérent et narratif.
Les six plateaux occupés par Collectible à l’Espace Vanderborght, regorgent de talents. La section MAIN rassemble ainsi certaines des galeries les plus influentes du moment, parmi lesquelles MANIERA, Uppercut ou encore VASTO Gallery. À travers leurs présentations, le design se dévoile comme un langage, oscillant entre minimalisme conceptuel et recherche radicale sur les matériaux.
Nouvelle générations de créateurs
L’une des forces de Collectible réside dans son regard tourné vers l’avenir. Avec la section NEW GARDE, la foire met en lumière de jeunes galeries et collectifs qui redéfinissent les contours du design contemporain. On y découvre des pièces souvent expérimentales, réalisées à partir de matériaux industriels, recyclés ou inattendus. Une nouvelle génération de designers y explore les possibilités de la fabrication numérique, de l’assemblage visible ou encore de la modularité, transformant l’objet en terrain d’expérimentation. Ces propositions témoignent d’une évolution du design : plus conceptuel, plus narratif, mais aussi plus engagé dans les questions de production et de durabilité. Grande nouveauté de l’édition 2026, la section TABLESCAPES invite les designers à revisiter l’art de la table. Loin des codes traditionnels de l’art de recevoir, cette plateforme explore la table comme un espace de rencontre, de rituel et de mise en scène. Céramiques sculpturales, objets hybrides mêlant verre soufflé et matières recyclées ou couverts revisités : les designers y interrogent la relation intime que nous entretenons avec les gestes du quotidien. À travers ces installations, la table devient un paysage social, où design et hospitalité se rencontrent pour réinventer l’expérience du partage.
Le design comme mémoire
Parmi les moments forts du salon figure également la section CURATED, dirigée cette année par la journaliste et curatrice Marine Mimouni. Intitulée Echoes of Use, l’exposition explore l’idée que les objets peuvent porter la mémoire de leurs usages. Les designers invités interrogent les traces laissées par la lumière, le temps ou les gestes humains sur les surfaces et les matériaux. La scénographie imaginée par Romain Joly et Lisa Bravi transforme l’espace en un décor textile inspiré d’un objet banal : la boîte en carton. Déployée dans l’espace comme un motif architectural, elle devient métaphore du stockage, du déplacement et de la mémoire des objets. Collectible cultive également les croisements créatifs. Cette année, la marque belge Bellerose signe l’installation immersive de l’entrée du salon en collaboration avec le designer Lukas Cober. Autre partenariat remarquable : celui avec la maison horlogère suisse Rado, qui présente de nouvelles montres issues de la collection True Round, développées autour des palettes chromatiques de Le Corbusier. Entre design, architecture et art appliqué, ces collaborations illustrent parfaitement l’esprit de Collectible : un territoire où les disciplines dialoguent librement.
Une expérience immersive du design
Au cœur de Collectible Design Fair, la section BESPOKE incarne l’un des territoires les plus singuliers de la foire : celui du design pensé comme une commande, une pièce conçue pour un lieu, un client ou un contexte spécifique. Contrairement aux présentations plus classiques, cette plateforme met en avant des studios indépendants qui travaillent à la frontière entre artisanat, recherche formelle et production limitée. Ici, chaque objet raconte une histoire de fabrication, de dialogue avec la matière et d’expérimentation technique. Parmi les participants de l’édition 2026, le duo néerlandais Paul Coenen et Rino Claessens poursuit son exploration du mobilier façonné à partir de simples feuilles de métal. Dans leur série Tension, les structures d’acier sont pliées et maintenues uniquement par la force interne du matériau, sans vis ni soudure : un exercice de pure ingéniérie formelle. La section accueille également des studios qui explorent la dimension narrative du design, comme le collectif néerlandais Atelier Van Lieshout, dont les œuvres mêlent fonction et fiction dans des créations souvent provocantes, où se croisent thèmes organiques, utopiques et politiques. À l’opposé, le studio bruxellois ÆTHER/MASS développe des objets de collection en étroite collaboration avec des artisans, où la fonction devient le support d’un récit symbolique et esthétique. Entre sculpture, mobilier et manifeste conceptuel, BESPOKE rappelle que le design contemporain peut encore être un terrain d’expérimentation libre — où chaque pièce naît d’un dialogue intime entre l’idée, la main et la matière. Autre rencontre intéressante, celle du jeune designer chinois Guo Lei, auteur de la chaise « Autumn Water Master Chair », respectant le design traditionnel chinois et le savoir-faire de la laque. Son objet de collection, qui reçoit entre 150 et 200 couches de laque, demande pas moins de 15 mois de travail ! Et permet de comprendre le soin que la Chine met à préserver son patrimoine historique, tout en devenant la plateforme technologique ultime de la planète !
Au-delà des objets eux-mêmes, la foire se distingue par son approche immersive. Installations scénographiques, environnements expérimentaux et même aire de jeu interactive conçue par le collectif Combo Toys invitent les visiteurs à interagir avec le design. Dans un monde saturé d’objets standardisés, Collectible défend une vision différente : celle d’un design rare, narratif et profondément humain. Et c’est peut-être là que réside sa véritable force : rappeler que le design n’est pas seulement une question de forme ou de fonction, mais aussi une manière de raconter notre époque.
Plus d’infos : https://collectible.design/
Du 12 au 15 mars 2026, à l’Espace Vanderborght (Rue de l’Ecuyer, 50 à 1000 Bruxelles, Belgique). Ouvert de 12h00 à 19h00 (sauf le dimanche jusqu’à 18h00)
©DM12/03/2026 Photos : ©Design Magazine